PETIT CONTE POUR VAINCRE L'INSOMNIE ... mais pas pour autant une histoire à dormir debout! Il était une fois, dans l'eau, une eau agités mais pas trouble, dans un torrent, une rivière ou un lac pas tranquille... On ne sait plus trop où, mais cela n'est pas important... Il était une fois, au temps où l'eau était encore de l'eau, deux cailloux. Deux cailloux qui roulaient, qui se bousculaient, qui culbutaient sur d'autres cailloux, qui rebondissaient sur des lits d'herbes ou d'algues et se faisaient aussitôt happer par le courant pour rouler encore et... Deux cailloux qui se suivaient depuis plusieurs cycles. Ensemble, ils ont connu plusieurs températures. Ils ont craint les froids intenses, quand il gèle à fendre roche. Ils ont voyagé sur plusieurs courants et, à quelques reprises, se sont presque perdus l'un l'autre dans des tourbillons hypocrites et des courants contraires. Ils ont connu quelques berges et là ou d'autres auraient préféré cesser de rouler et amasser mousse, nos deux cailloux sont repartis à la première vague. Quand les nuits étaient particulièrement claires, quoique cela se soit aussi produit de jour, et même sous la tempête, ils aimaient se laisser dériver entre deux eaux, à la faveur de courants chauds ou sur le dos d'une tortue, et dès qu'ils rencontraient une lame de fond, s'y jettaient et se laissaient percuter sur des murailles de blocs plus tendres. On raconte que c'est à la suite de tels ébats sur un mur de matière composite qu'ils se seraient retrouvés à traîner dans leur sillage d'autres cailloux. Ils étaient au début deux cailloux, et plus tard une traînée de cailloux qui voyageaient au fil des courants. Qui roulaient, qui culbutaient sur d'autres cailloux, qui rebondissaient sur des lits d'algues, qui se bousculaient, qui se devançaient, qui se coinçaient entre deux branches et qui finissaient par rejoindre la traînée. On peut encore les rencontrer près d'une plage peu fréquentée. Les deux cailloux du début se sont creusé un trou dans une veine calcaire, là où la vague leur ramène de temps à autres leur traînée. Et s'il est dit que tout caillou finit par s'éroder et disparaître dans un banc de sable, il s'en trouve plus d'un d'entre nous à en avoir observé qui semblent être là depuis la nuit des temps, du temps où l'eau était encore de l'eau... Pour mes parents, le 3 janvier 1986,