L'ARBRE l'arbre allonge sa ligne au milieu d'un peuplement depuis des temps on s'y rend pistes sentes coulées ou autres petits chemins s'y rejoignent comme s'il était seul au milieu d'un océan de bois comme s'il était l'arbre de la place l'arbre étend ses branches au sein du polystyle qui va en dégradé jusqu'à l'orée à tous les jours au même moment il laisse passer des morceaux de soleil qu'on peut alors observer à loisir sans s'abîmer l'oeil l'arbre suit la mesure d'un cantique sylvestre déployant sa frondaison tout l'été pour la perdre et vivre nu tout l'hiver entre ses doigts logent passereaux et pics qui trissent qui pépient entre ses bras passent strix et bubos leur plumes battent les silences au bout de mes chemins du haut de mes montagnes au creux de mes vallons d'où que je me place l'arbre est mon repère et quand les fantômes me pourchassent l'arbre est mon repaire c'est l'arbre où j'ai grimpé d'où j'ai vu les contours du pays d'où j'ai recréé mes mondes c'est l'arbre autour duquel j'ai dansé mon amoure j'ai pris ta main et puis l'autre et nous avons fait un c'est l'arbre au pied duquel je veux étendre ma couche et faire l'amour et faire la mort allongé contre un arbre j'étale mes membres pour les confondre aux racines mon souffle devient un murmure éternel j'appelle ton nom que j'ai gravé mille fois sur ma peau allongée contre un arbre tu regardes chaque créature dans les yeux tu chantes ta joie comme une aubade tu redis la prière qui referme mes plaies Pour Suzanne, le 11 janvier 2023