QUARANTE GRUES quarante grues mille grues quarante-mille grues comme celle-ci suspendues chacune à son nuage je les ai cueillies et les ai enfouies une à une dans une terre froide et riche et toute une forêt a poussé couvrant monts et vaux j'ai coupé tout ce bois l'ai mêlé avec l'ocre et la sienne et un géant s'est levé un pied dans le vieux monde et l'autre dans un pays encore à faire sa main manie l'outil aussi bien que la plume elle caresse la glaise autant que peau de femme ses jambes dansent bras dessus bras dessous avec celles de mon enfant ses yeux de ciel s'allument avec les étoiles de nuit et celles de mer de sa cuisse de son cerveau de son flanc sont sortis les enfants de mon enfant qui grimpent jusque dans ses cheveux pour se faire des cabanes à côté des nids où viennent se reposer les grues au bout d'un long voyage en voilà une prête-moi tes yeux pour la regarder parce que mon regard s'embrouille et voilà du feu prête-moi ta bouche pour l'attiser parce que mon souffle s'étouffe et voilà un peu de chemin prête-moi tes jambes pour l'arpenter parce que mon pas se fait lent allez mon vieux mon fils bonne fin de semaine et en route pour quarante autres Pour Mathias, le 22 octobre 2022