UN SOIR NOIR un soir noir de ciel noir un soir de lune ronde blanche suspendue le soir où la peur est un jeu le soir où tous les masques sont permis ce soir un masque sournois entre tous traque le quidam s'abat et lui vole le souffle une fois deux fois cinq fois encor ce soir qui aime la vie qui aime le beau gisent noirs de mort noire un jour froid de mort froide un jour d'automne triste sur toutes les rues l'automne d'une année à bout de morts de morts trop bêtes de morts trop jeunes de morts trop morts tu as arpenté les remparts descendu la canoterie tu as touché les pierres d'un autre âge regardé ta ville vide et pleuré du bout des lèvres à bout de mots un soir noir d'encre noire un soir de solitude de silence le soir d'une vie passée à survivre à toutes mes morts ma vie à marcher sur les rues de mes villes à marcher sur les grèves de mes îles je m'assied sur le bord je veux voir cet oiseau que j'entends je veux trouver le plus beau galet mes pensées souvenirs et avenirs viennent et vont je les écris mot à mot un jour froid de ciel froid un jour d'automne gris effeuillé l'automne d'une année à bout de souffle un automne comme tous les autres pourtant aujourd'hui bernaches et oies blanches plein mon ciel ont battu des ailes et pris leur envol en cacardant aujourd'hui à l'acier fier martelé longuement au funeste katana j'oppose le papier fin plié patiemment un sembazuru pour guérir des oiseaux rouges nés d'un soleil rouge Pour Régis Labeaume, le 4 novembre 2020